Définition
Ce concept, développé dans L'Économie Bleue 5.0, désigne une stratégie alternative au modèle économique dominant. Plutôt que de chercher en permanence à réduire les coûts (notamment le coût du travail, quitte à pratiquer le dumping social et à transférer à l'État les coûts de santé, chômage et retraites), il s'agit de créer de la valeur à partir de tout ce qui est disponible localement.
Diagnostic du modèle dominant
Gunter Pauli identifie plusieurs travers du modèle actuel :
- La quête perpétuelle du moindre coût, qui fait circuler les fonds financiers locaux vers l'extérieur, aggravant la désindustrialisation, la perte de compétitivité et le chômage.
- La croyance absolue en une croissance infinie, alors que « la Terre Mère est finie ».
- Le recours systématique à la dette et à l'austérité (appliquée aux citoyens, pas à l'État) comme réponses aux crises.
- L'incapacité des grandes entreprises à sortir de leur « cœur de métier » pour saisir de nouvelles opportunités (exemple cité : Nestlé refusant l'opportunité de valoriser les déchets de café en champignons et alimentation animale).
Principes de la stratégie proposée
- Créer plusieurs flux de revenus à partir des ressources localement disponibles, pour être moins exposé aux contraintes des prix du marché mondial.
- Organiser ces nouvelles productions endémiques à l'échelle locale et les connecter en réseau avec d'autres régions.
- Ne pas s'opposer à la globalisation, mais proposer un meilleur modèle avec des retombées locales.
- Faire sortir les entreprises de leurs carcans pour se concentrer sur de nouveaux portefeuilles de produits.
Résultats revendiqués
Selon le corpus, la fondation ZERI, créée en 1996, a démontré la faisabilité rapide de cette approche : 5 milliards d'euros investis dans plus de 200 projets auraient généré 3 millions d'emplois. Ces initiatives concurrenceraient le modèle mondialisé en matière de retour sur investissement, de flux de trésorerie, de réduction de la pauvreté et de réponse aux besoins fondamentaux.
Illustrations
- Des orphelines au Zimbabwe et des réfugiés de la guerre de la drogue en Colombie ont mis en œuvre ce modèle dans des zones à fort taux de chômage ou de pauvreté.
- Un enfant de trois ans a appris à cultiver des champignons sur les déchets de café avec filtre produits chaque matin par sa mère, illustration du principe « produire davantage avec ce que l'on a ».
Rôle attendu des gouvernements
Les gouvernements sont invités à mettre en place un système de contrôle assurant des règles du jeu équitables, plutôt qu'à imposer des mesures d'austérité aux citoyens.
Faits clés
- Le concept propose de dépasser la logique de réduction perpétuelle des coûts au profit de la création de valeur à partir des ressources locales.
- La fondation ZERI a été créée en 1996.
- Selon le corpus, 5 milliards d'euros investis dans plus de 200 projets ZERI auraient généré 3 millions d'emplois.
- Le modèle vise à créer plusieurs flux de revenus endémiques organisés localement et connectés en réseau entre régions.
- Des exemples cités incluent les orphelines au Zimbabwe et les réfugiés de la guerre de la drogue en Colombie.
Points à vérifier
- Le chiffre de 5 milliards d'euros et 3 millions d'emplois attribués à ZERI depuis 1996 mérite vérification par une source indépendante.
- Le refus de Nestlé de valoriser les déchets de café en champignons est présenté comme un exemple mais les chiffres associés ne sont pas confirmés par la maison mère selon le corpus lui-même.
En images

Exemples contemporains
Exemples sourcés hors du corpus Gunter Pauli, en attente de validation.
PeelPioneers : les épluchures d'orange transformées sur place en huile et fibres
Aux Pays-Bas, PeelPioneers collecte les écorces d'orange jetées par les supermarchés et bars à jus (environ 20 millions de kilos par an dans le pays) et les transforme dans son usine de 's-Hertogenbosch en huile essentielle, écorce confite et fibres alimentaires utilisées dans les substituts de viande. La ressource locale, auparavant incinérée, génère ainsi plusieurs flux de revenus distincts (arômes, cosmétique, agroalimentaire) sans transport longue distance.
Piñatex : le cuir végétal tiré des feuilles de ananas rejetées par les fermes philippines
Ananas Anam récupère les feuilles d'ananas, résidu agricole habituellement brûlé après la récolte du fruit, auprès de communautés de fermiers philippins pour en extraire par décortication une fibre longue transformée en textile non tissé Piñatex. Cela crée un second revenu pour les familles agricoles locales tout en évitant les émissions de CO2 liées au brûlage des feuilles.
Toast Ale : la bière brassée avec le pain invendu des boulangeries locales
Au Royaume-Uni, où 44% du pain produit finit à la poubelle, Toast Ale récupère le pain surplus de boulangeries et sandwicheries locales pour remplacer jusqu'à un tiers de l'orge utilisé dans le brassage de sa bière. Le modèle associe brasseurs, boulangers et associations à l'échelle locale, prouvant qu'une ressource gaspillée sur place peut devenir un produit commercial rentable.
GreenWave : la ferme océanique régénérative qui multiplie les revenus autour de l'algue locale
Aux Etats-Unis, le réseau GreenWave cultive des algues (kelp) et des coquillages dans des fermes océaniques verticales installées le long des côtes, générant plusieurs sources de revenus pour les pêcheurs reconvertis : vente directe des récoltes, paiements du Kelp Climate Fund pour les bénéfices climatiques (captation de carbone, retrait d'azote), et développement de nouveaux marchés (cosmétique, bio-stimulants agricoles) à partir de la même ressource marine locale.