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The Blue Economy
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Concepts

Créer des portefeuilles d'opportunités locales

Ce principe invite a construire, a partir des ressources et des flux d'energie deja presents sur un territoire, un ensemble d'activites qui exploitent plusieurs fois la meme infrastructure, plutot que d'importer des solutions venues d'ailleurs. L'objectif est de transformer simultanement les resultats sociaux, economiques et environnementaux d'une communaute, et de renforcer sa confiance dans sa propre capacite a progresser.

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Le reflexe de l'importation et ce qu'il coute

Quand un probleme surgit, la reaction habituelle consiste a chercher ailleurs la solution, les materiaux ou les produits. Gunter Pauli admet que cela peut se justifier dans l'urgence, apres un tsunami ou un cyclone, mais l'Economie Bleue en fait la derniere option. Les communautes incapables de repondre a leurs besoins les plus fondamentaux ne peuvent pas rester dependantes d'autrui : l'aide et les importations creent une dependance qui empeche toute diversification.

S'y ajoute ce que l'auteur nomme l'effet gourou, ou l'expert venu de l'exterieur passe pour plus credible que le sage local. Cet effet rend les communautes aveugles a la richesse qu'elles possedent deja. La dependance aux importations impose par ailleurs d'exporter, ou de vendre des services aux etrangers comme le tourisme ; sinon il faut puiser dans les reserves ou emprunter, avec des interets a rembourser. Une forte dependance aux exportations conduit souvent a subordonner les besoins locaux a ceux des clients d'outre-mer. Gunter Pauli cite l'Argentine, qui fournit des proteines a 300 millions de consommateurs dans le monde alors que la pauvrete y a atteint 57 % de ses 46 millions d'habitants en 2025, le taux le plus eleve en 20 ans, selon une etude de l'Universite catholique d'Argentine.

Ce reflexe s'inscrit dans un modele economique plus large, tourne vers la maximisation du profit et les economies d'echelle : produire davantage d'un nombre limite de biens, a cout marginal reduit, avec une gestion de la chaine d'approvisionnement qui reduit le nombre de fournisseurs, supprime les stocks et repose sur le juste a temps. La part relative du travail et des matieres premieres dans la valeur du produit y diminue.

Decouvrir ce qui est deja la

L'approche proposee cherche a decouvrir toutes les ressources locales, connues et inconnues, appreciees ou mises au rebut. Mais la presence d'un mineral, d'un ocean ou d'une montagne ne suffit pas : ce qui fait la difference, c'est la capacite a reconnaitre les interrelations dynamiques qui offrent en permanence matiere, nutriments et energie, mobilisables de maniere continue et durable. Ce travail d'identification de ce qui est local et utile construit la confiance en soi de la communaute. Si une masse critique de citoyens croit qu'elle peut avancer, la societe avancera effectivement.

Meme lorsqu'on affirme qu'il n'y a rien, la recherche se poursuit. Gunter Pauli demande ainsi a ses etudiants, comme exercice cle avant l'obtention de leur diplome, de concevoir un camp de refugies ou nourriture, eau, soins de sante et logement doivent etre fournis quotidiennement. Les etudiants protestent d'abord qu'aucune ressource n'existe dans un tel camp, puis identifient les flux de nutriments, de matiere et d'energie, ainsi que les interrelations entre eux, jusqu'a concevoir un camp autosuffisant.

Ce que ca donne concretement

En Namibie, l'auteur a emmene un groupe d'etudiants sur la cote atlantique entre Swakopmund et Henties Bay, parcourant les 120 kilometres en observant la nature, les marais salants, les phoques, le varech rejete par le courant froid de Benguela et l'abondance de lichens sur la bande de terre seche bordant le rivage. Coinces entre l'eau froide de l'ocean et le plus vieux desert chaud de la planete, estime cree il y a 17 millions d'annees, les etudiants devaient imaginer des facons de produire de la nourriture. Le sable, la rosee permanente, les mineraux et le climat tempere offraient ce qu'il faut pour cultiver l'asperge en abondance sur cette etroite bande entre rivage et mer.

Le pain fournit une seconde illustration. Dans le modele de distribution international, une usine entierement automatisee produit des millions de pains par jour avec une centaine d'employes ; le travail et les matieres premieres representent moins de 20 % du cout du pain, le reste allant au marketing, a la distribution et au financement, adosses a des achats a terme, des options, des couvertures, des livraisons en juste a temps, des centres logistiques et une gestion mondiale de tresorerie.

L'approche de l'Economie Bleue fait d'abord tout ce qui peut etre fait localement. La boulangerie passe de millions de pains par jour a des douzaines, au plus quelques centaines, pour la consommation locale. Le rayon de livraison se compte en kilometres au lieu de milliers de kilometres ; le marche principal, ce sont les ecoles, les cliniques et les centres sociaux a distance de marche. L'emballage s'en trouve simplifie, les sacs plastique, les cartons et les agents de conservation contre les moisissures disparaissent, de meme que les entrepots, les systemes logistiques et les camions. Le four fonctionne a l'energie solaire en chauffant une huile qui conserve de hautes temperatures pendant des jours ; les nouveaux panneaux fournissent chaleur et electricite, permettant aux acheteurs de pain de recharger leur telephone et alimentant l'eclairage public. Le pain n'est pas fait a partir d'un pre-melange mais integre vitamines et mineraux issus des graines et des peaux de fruits locaux decoupes, ce qui en fait un aliment de base apportant chaque jour vitamines et oligo-elements.

La part du travail et des matieres premieres monte a pres de 50 % de la valeur du pain a prix de vente inchange, et les couts en capital de la boulangerie s'amortissent en deux ans. Le four peut tourner 24 heures sur 24, et l'exces de capacite de production de chaleur sert a secher des champignons, purifier de l'eau, cuire des pizzas ou apporter de la chaleur lors d'une journee d'hiver froide. Ce portefeuille d'opportunites cree un sentiment de communaute, ou certains produits et services sont payants et d'autres offerts gratuitement. C'est un modele competitif fonde sur la diversification de la production et la captation d'economies de gamme.

Faits clés

  • L'approche tisse ensemble materiaux et flux d'energie locaux en exploitant de plusieurs manieres les infrastructures existantes, et augmente l'apport de travail.
  • L'importation de solutions exterieures est gardee comme derniere option, car l'aide et les importations creent une dependance qui empeche la diversification.
  • L'effet gourou, ou l'expert exterieur parait plus credible que le sage local, rend les communautes aveugles a leur richesse locale.
  • L'Argentine fournit des proteines a 300 millions de consommateurs dans le monde, tandis que la pauvrete y a atteint 57 % de ses 46 millions d'habitants en 2025, plus haut niveau en 20 ans selon une etude de l'Universite catholique d'Argentine.
  • Entre Swakopmund et Henties Bay en Namibie, sur 120 kilometres, le sable, la rosee permanente, les mineraux et le climat tempere permettent la culture de l'asperge entre l'ocean froid et le plus vieux desert chaud du monde, estime cree il y a 17 millions d'annees.
  • Dans le modele de boulangerie locale, la part du travail et des matieres premieres passe de moins de 20 % a pres de 50 % de la valeur du pain a prix de vente identique, avec un amortissement du capital en deux ans.

Points à vérifier

  • Le chiffre de pauvrete argentine est attribue a une etude de l'Universite catholique d'Argentine, mais aucune reference bibliographique precise n'est donnee dans le texte.
  • Les donnees economiques de la boulangerie locale, notamment la part de pres de 50 % pour le travail et les matieres premieres et l'amortissement en deux ans, sont presentees sans source ni etude de cas identifiee.
  • L'estimation de 17 millions d'annees pour la creation du desert n'est pas rattachee a une reference.
  • L'affirmation selon laquelle les exercices de camp de refugies ont toujours donne des resultats impressionnants repose sur le temoignage de l'auteur, sans donnees publiees.