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The Blue Economy
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Concepts

Aller au-delà du bio et du biodégradable : le durable et le régénératif sont le nouvel objectif

Ce principe soutient que l'absence de toxiques, la biodégradabilité et la certification bio ne suffisent plus à qualifier une production de soutenable, parce qu'elles disent seulement ce qu'un produit ne contient pas. L'objectif visé est le durable et le régénératif : des modèles d'affaires qui remettent la Nature sur sa trajectoire évolutive au lieu de se contenter d'être moins nuisibles.

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L'habitude que le principe conteste

Le mouvement « vert » prend de l'ampleur dans les années 70 et 80 en pointant les problèmes liés à la dépendance au pétrole et à la pétrochimie, les écologistes appelant industries et sociétés à chercher une voie au-delà du pétrole. Il en résulte que les produits sont de plus en plus examinés sous l'angle de leur toxicité et de leur biodégradabilité. Des molécules comme celles du Teflon (surfaces antiadhésives permettant de cuisiner sans huile ni beurre), le glyphosate du RoundUp (herbicides devenus la norme) ou les composés bromés (retardateurs de flamme) sont fonctionnelles, mais leur usage généralisé produit de nombreuses conséquences non voulues. Leur combinaison forme un cocktail dont les implications ne sont pas encore pleinement saisies, avec un impact final sur la qualité de vie qui n'est pas positif.

Les plastiques, dont la demi-vie se compte en milliers d'années, ont été identifiés à juste titre comme incompatibles avec nos modes de consommation et notre société du jetable : ils remplissent les décharges, forment d'immenses îles de débris dans les océans et tapissent les fonds marins de particules minuscules. Gunter Pauli pose la question : comment une bouteille d'eau, faite d'un contenant en polyéthylène et d'un bouchon en polypropylène dont les demi-vies se comptent en centaines d'années, a-t-elle pu devenir un standard du marché alors que son usage fonctionnel ne dure que quelques semaines ?

Pourquoi « moins mauvais » ne suffit pas

La certification bio marque un progrès, mais elle n'informe le consommateur que sur les substances absentes : engrais de synthèse, pesticides, herbicides. Elle ne dit rien de ce que le produit contient réellement, ni de ce qu'il apporte à l'agriculteur, au consommateur et à l'écosystème dans lequel il a poussé de la graine à la maturité. S'y ajoute la difficulté de défendre l'expédition de produits biologiques à travers le monde, avec l'empreinte carbone que cela génère. C'est de ce constat, en 1993, face aux forêts tropicales détruites et devant le sauvetage d'orangs-outans orphelins, qu'est né le slogan de l'auteur : « stop doing less bad, start doing more good ».

La conscience de devoir dépasser la seule absence de composés toxiques suppose d'admettre que même des matériaux « verts » ne doivent pas épuiser les stocks existants ni dépasser leur taux de renouvellement. Production et consommation doivent éviter les conséquences non voulues et opérer dans les limites de la Nature et de la société. La question de fond devient : « Nos méthodes de production sont-elles conformes à l'approche de la Nature, et contribuent-elles à la résilience, au capital social et à la promotion des Communs à l'échelle locale ? » Ce n'est qu'en répondant oui aux deux volets que l'on a réellement dépassé le bio et le biodégradable. Pour aller au-delà du bio, Gunter Pauli propose d'adopter les principes d'autopoïèse et de diversification.

Ce que ça donne concrètement

L'auteur part de sa propre expérience. Fabriquant du savon à base d'huile de palme, il défendait des produits biodégradables et issus d'une ressource renouvelable, fabriqués dans une usine écologique construite en bois, dotée de la plus grande toiture végétalisée d'une installation industrielle à l'époque. Le succès commercial a fait croître la demande en matières premières naturelles pour détergents et aliments transformés, ce qui a exigé des millions d'hectares de plantations de palmiers à huile, détruisant de vastes étendues de forêt tropicale et supprimant l'habitat de l'éléphant pygmée et de l'orang-outan en Indonésie. Le savon retire la saleté en réduisant la tension superficielle de l'eau, mais une baisse prolongée de cette tension nuit à la vie aquatique : les versions biodégradables et renouvelables pouvaient revendiquer être quatre ou cinq fois moins nocives pour les grenouilles et les poissons. Comme la demande augmentait précisément parce que le produit était perçu comme meilleur, l'impact total pouvait devenir pire qu'avant. D'où la conclusion : les modèles d'affaires soutenables doivent aller au-delà des standards établis comme la biodégradation et les analyses de cycle de vie (LCA).

L'approche a été testée à de nombreuses reprises et portée à l'échelle autour d'une plantation de thé biologique en Assam, en Inde. En passant au bio, la plantation a stoppé le ruissellement de produits chimiques vers le parc national voisin de Kaziranga, réserve de rhinocéros et de tigres classée au patrimoine mondial de l'UNESCO dans l'État indien d'Assam, mais la productivité a chuté du fait du mauvais état des sols. L'application de l'approche Blue Economy a débouché sur un portefeuille d'initiatives appelé à se déployer sur des décennies : la plus grande ferme de thé biologique d'Inde, puis la plus grande initiative de développement économique de la région, protégeant aussi rhinocéros et tigres des braconniers par la création d'emplois et l'augmentation des revenus des communautés locales.

Les questions posées y sont explicites : « Qu'y a-t-il dans le produit et dans le procédé de production qui rend tout cela soutenable pour les générations à venir ? » Un aliment produit biologiquement régénère-t-il la couche arable ? Favorise-t-il la biodiversité ? Ou n'est-il qu'un produit de masse standardisé, doté d'un angle marketing nouveau, qui ne change rien à la réalité de terrain pour la Nature et les communautés ?

Key facts

  • Le mouvement vert des années 70 et 80 a imposé l'examen des produits sous l'angle de la toxicité et de la biodégradabilité, en visant notamment le Teflon, le glyphosate du RoundUp et les composés bromés.
  • Une bouteille d'eau en polyéthylène avec bouchon en polypropylène a des demi-vies de plusieurs centaines d'années pour un usage fonctionnel de quelques semaines seulement.
  • La certification bio n'indique que les substances absentes (engrais de synthèse, pesticides, herbicides) et ne dit rien de ce que le produit contient ou apporte à l'écosystème.
  • Le slogan « stop doing less bad, start doing more good » est né en 1993 devant les forêts tropicales détruites et le sauvetage d'orangs-outans orphelins.
  • Les savons biodégradables à base d'huile de palme, quatre ou cinq fois moins nocifs pour grenouilles et poissons, ont entraîné des millions d'hectares de plantations et la destruction de l'habitat de l'éléphant pygmée et de l'orang-outan en Indonésie.
  • En Assam, le passage au bio a stoppé le ruissellement chimique vers le parc national de Kaziranga mais fait chuter la productivité, avant qu'un portefeuille d'initiatives Blue Economy ne crée des emplois et des revenus locaux protégeant rhinocéros et tigres.

Points to verify

  • Le chiffre « quatre ou cinq fois moins nocifs pour les grenouilles et les poissons » est avancé sans référence.
  • L'affirmation selon laquelle l'usine écologique disposait de la plus grande toiture végétalisée d'une installation industrielle à l'époque n'est pas sourcée.
  • Les qualificatifs « la plus grande ferme de thé biologique d'Inde » et « la plus grande initiative de développement économique de la région » ne sont accompagnés d'aucune donnée.
  • Le texte situe les normes vertes et bio importantes dans les années 1960 tout en datant l'essor du mouvement vert des années 70 et 80 : les deux repères chronologiques coexistent sans être articulés.
  • Le lien de causalité entre la création d'emplois, la hausse des revenus locaux et la protection effective contre le braconnage est affirmé sans données de suivi.