Définition
La croissance inclusive désigne, dans le corpus de l'Économie Bleue, un modèle entrepreneurial qui répond aux besoins fondamentaux des personnes avec ce qui est disponible localement, fait circuler l'argent à l'intérieur de la communauté et génère une valeur ajoutée supérieure au modèle dominant. Elle s'oppose au paradigme du « cœur de métier » et à la croyance absolue dans une croissance infinie, alors que « la Terre Mère est finie ».
Diagnostic du modèle dominant
Gunter Pauli observe que les fonds financiers qui circulaient localement circulent désormais à l'extérieur, ce qui aggrave la désindustrialisation, la perte de compétitivité et le chômage. L'argent local se retrouve dans les flux globaux, amoindrissant le pouvoir d'achat local : c'est l'économie des régions et des pays en voie de sous-développement.
Le modèle dominant facture désormais ce qui était fourni gratuitement par la Nature, comme l'eau, et laisse des millions de personnes sans accès à des biens et services de base répondant aux normes minimales de santé.
Principes de la croissance inclusive
- Besoins de base d'abord : les modèles commerciaux doivent répondre aux besoins fondamentaux à partir des ressources localement disponibles.
- Circulation locale de l'argent : la trésorerie générée doit circuler avant tout dans l'économie locale et non quitter les communautés.
- Flux de revenus multiples : développer plusieurs flux de revenus à partir des ressources disponibles réduit l'exposition aux contraintes des prix du marché mondial.
- Mise en réseau : les productions endémiques et les nouvelles façons de consommer s'organisent à l'échelle locale puis se connectent en réseau avec d'autres régions.
- Approche micro avant macro : il faut partir des cas microéconomiques avant de tirer des conclusions macroéconomiques.
- Gains non financiers : les technologies doivent soutenir un modèle entrepreneurial qui offre aussi une série de gains non financiers, importants pour la communauté (santé, eau désinfectée, électricité).
Contexte et urgence sociale
Pauli rappelle que près de la moitié des décès d'enfants sont dus à la malnutrition et qu'une personne sur neuf est sous-alimentée. Selon lui, ni les opérations de communication caritative ni l'austérité orthodoxe ne suffiront ; il faut un noyau dur d'investisseurs, d'entrepreneurs et de citoyens prêts à démontrer empiriquement la viabilité du nouveau modèle.
Position vis-à-vis de la globalisation
L'auteur précise ne pas s'opposer à la globalisation mais proposer un meilleur modèle avec des retombées locales. Il appelle à dépasser le modèle dominant de réduction des coûts.
Illustrations dans le corpus
- Champignons : l'ambition affichée est de passer de 5 000 fermes de champignons créées à un million d'ici vingt-cinq ans. Le cas Nestlé est cité : l'entreprise a refusé une opportunité de plusieurs milliards de dollars de chiffre d'affaires au motif que le champignon n'entrait pas dans son cœur de métier.
- Mobilité électrique par induction : les coûts d'énergie et d'entretien des bus rechargés par induction ne représentent qu'un cinquième du coût du carburant d'une solution traditionnelle, et la recharge minimale partielle ne prend qu'une minute, ce qui permet aux bus de fonctionner toute la journée et réduit l'investissement en véhicules.
- Eau, électricité et santé : disposer d'eau désinfectée maintenue à température sans demande excessive d'électricité est présenté comme une avancée considérable, articulant développement communautaire, capital social local et emplois.
- Mécanisme de livraison supervisé localement : il habilite les citoyens à s'autogérer et capte un revenu qui autrement serait perdu, tout en réduisant la nécessité des opérations minières.
Critères de succès
La croissance inclusive repose sur une motivation élevée, une focalisation sur les ressources locales, une valeur ajoutée plus élevée, une réponse aux besoins fondamentaux et la circulation locale de la trésorerie. Pauli rappelle le défi central : « r < g ».

