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The Blue Economy
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Concepts

Créer des multiplicateurs en ramenant les flux d'argent dans les communautés

Ce principe demande de rediriger les flux financiers vers l'économie locale plutôt que de les laisser quitter la communauté dès la première transaction, en reliant localement la chaîne d'approvisionnement de la matière première au produit fini. L'argent qui circule sur place déclenche un effet multiplicateur, alors que l'achat de matières premières sur les marchés mondiaux le fait disparaître aussitôt dans le système financier global.

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Le modèle qui fait fuir l'argent

Le modèle d'affaires traditionnel repose sur la gestion de la chaîne d'approvisionnement, c'est-à-dire un contrôle ferme de chaque étape, depuis les matières premières achetées là où elles coûtent le moins cher dans le monde jusqu'à la livraison au consommateur. Cela s'est réalisé par l'externalisation et la délégation à un groupe restreint de fournisseurs et de logisticiens, et a abouti à la création de marchés mondiaux pour chaque intrant ou activité : minerais, arbres plantés, récoltes de céréales, échangés dans le monde entier à des prix fixés par les bourses de matières premières. Conséquence : lorsqu'une entreprise s'approvisionne sur ces marchés, l'argent quitte rapidement la communauté et disparaît dans le système financier mondial, une part croissante finissant même dans le cyberespace, y compris en cryptomonnaies.

Les matières premières sont échangées sans aucune considération pour leur destination finale. Une fois traitées, un marché mondial secondaire apparaît pour les métaux purifiés, la pâte à papier, la farine. Puis les lingots d'or, les tôles d'acier, les bobines de papier et le pain industriel sont négociés sur encore d'autres marchés mondiaux. Gunter Pauli décrit ainsi la création d'au moins trois, souvent quatre ou cinq marchés « horizontaux », où à chaque niveau des résidus sont générés, des marchandises échangées, des options créées et des couvertures mises en place pour réduire le risque de change des partenaires financiers. Le temps que les particules de poussière d'or soient intégrées à des équipements médicaux ou électroniques, que des cahiers arrivent dans les écoles ou que des biscuits soient achetés au supermarché, tous les ingrédients ont fait plusieurs fois le tour du monde. La distribution et la logistique sont devenues des secteurs parmi les plus importants de l'économie mondiale, avec un usage croissant de carburants polluants et des embouteillages considérables dans les mégapoles.

Relier la chaîne localement

L'approche de l'Économie Bleue met l'accent sur le développement économique local : utiliser d'abord les ressources disponibles sur place, y compris celles qui n'étaient pas considérées comme des ressources auparavant, et répondre d'abord aux besoins et aux marchés locaux. Elle repose sur le fait de relier localement la chaîne d'approvisionnement, de la matière première au produit fini chaque fois que c'est possible, à travers l'ensemble de l'économie locale : agriculture, pêche, sylviculture, mines, production industrielle. Il en résulte une croissance économique locale réelle, où la valeur ajoutée par les entreprises locales reste dans l'économie locale. L'approche élimine aussi des dépenses importantes liées à l'approvisionnement mondial : emballages excessifs, recours aux conservateurs, logistique de transports longs, qui pèsent sur le coût du produit (obligeant à couper les coûts ailleurs) et génèrent déchets et émissions inutiles.

La question de base est : « Pourquoi payer pour faire venir dans la communauté quelque chose que nous pouvons créer mieux nous-mêmes ? » L'effet multiplicateur se déclenche quand l'argent circule dans l'économie au lieu d'en sortir dès la première transaction achevée. Gunter Pauli l'illustre ainsi : la personne payée pour récupérer le marc de café d'un café achète ensuite un repas au restaurant local, un repas qui contient les champignons ou les produits de poulet dérivés du café, et les producteurs de champignons et de poulet se rendent à leur tour au café pour y boire un café.

Ce que ça donne concrètement

À El Hierro, sous la conduite de Javier Morales, alors adjoint au maire, l'île a redirigé une partie d'une facture annuelle de diesel de 9 millions d'euros pour investir dans l'éolien, avec de l'eau douce pompée par hydroélectricité. Combiné à la création de coopératives dédiées à la pêche, à l'agriculture et à la fabrication, cela a redynamisé l'agriculture de l'île et créé 1 250 emplois, là où ces emplois étaient considérés comme perdus et où la dépendance au diesel importé risquait de peser encore davantage sur l'économie locale.

La spiruline illustre le même écart. Saumil Shah, de l'entreprise EnerGaia en Thaïlande, a démontré cette approche avec des fermes de spiruline sur les toits, en commençant par la chaîne hôtelière Novotel à Bangkok. Il existe un marché mondial de la spiruline, avec de grands producteurs centralisés au Mexique et à Hawaï qui vendent au marché de gros à prix élevés, et la spiruline y est généralement livrée séchée, souvent transportée par avion. En raisonnant d'abord localement, les coûts de séchage, d'emballage, de transport et de négoce sont remplacés par une grappe associant culture, transformation et consommation : la spiruline fraîche est transformée sur place en smoothies servis au petit déjeuner aux clients de l'hôtel, le reste étant mélangé à des nouilles fraîches produites dans le même restaurant. Convertir 150 kilogrammes de spiruline en aliments sans séchage ni transport ne produit pas la même valeur locale que le modèle de spécialisation centré sur le cœur de métier et le commerce mondial. Le professeur Jorge Alberto Vieira Costa, chef du département des biosciences à l'Université fédérale de Rio Grande au Brésil, a consacré trois décennies de recherche à la façon dont ces photo-biorafineries de spiruline et d'autres bactéries bleu-vert génèrent des emplois, de la nutrition, de la matière pour le textile, et même du méthane et des biocarburants pour la production d'électricité, dans un contexte économique local.

La priorité donnée à la croissance de l'économie locale et au renforcement des réseaux d'entreprises locales explique pourquoi Lung Meng peut produire du papier de pierre à bas coût en Chine, et pourquoi Novamont est compétitif dans les biopolymères en Italie, puisqu'il peut s'approvisionner directement auprès des agriculteurs. Ces cas montrent que l'intégration de ressources locales telles que les roches et les herbes avec des produits finis comme un cahier ou une capsule de café supprime tous les coûts inutiles, tandis que la valeur ajoutée par le design, l'apport de travail et la conversion des résidus en valeur accroît la circulation locale de l'argent.

Key facts

  • Les prix des matières premières sont fixés par les bourses mondiales, si bien que l'argent quitte rapidement la communauté pour le système financier mondial, une part croissante finissant dans le cyberespace, y compris en cryptomonnaies.
  • Gunter Pauli décrit la création d'au moins trois, souvent quatre ou cinq marchés « horizontaux » successifs, chacun générant résidus, négoce et couverture financière.
  • À El Hierro, sous la conduite de Javier Morales alors adjoint au maire, une partie d'une facture annuelle de diesel de 9 millions d'euros a été redirigée vers l'éolien et l'eau douce pompée par hydroélectricité, avec 1 250 emplois créés.
  • Saumil Shah (EnerGaia, Thaïlande) a lancé des fermes de spiruline sur les toits avec la chaîne hôtelière Novotel à Bangkok, la spiruline fraîche étant transformée sur place en smoothies et mélangée à des nouilles fraîches.
  • Le chapitre compare la conversion de 150 kilogrammes de spiruline en aliments sans séchage ni transport au modèle de spécialisation et de commerce mondial.
  • Lung Meng produit du papier de pierre à bas coût en Chine et Novamont est compétitif dans les biopolymères en Italie grâce à un approvisionnement direct auprès des agriculteurs.

Points to verify

  • Le chiffre de 1 250 emplois créés à El Hierro et le montant de 9 millions d'euros de facture annuelle de diesel sont avancés sans référence dans le contexte.
  • L'affirmation selon laquelle les grands producteurs centralisés de spiruline du Mexique et de Hawaï vendent « à prix élevés » sur le marché de gros n'est appuyée par aucune donnée chiffrée.
  • Les trois décennies de recherche attribuées au professeur Jorge Alberto Vieira Costa et les résultats associés (emplois, nutrition, textile, méthane, biocarburants) ne sont rattachés à aucune publication.