Une habitude de conception : améliorer ce qui existe déjà
Le modèle dominant de production et de consommation dans le monde crée ce qui soutient et nourrit la vie, mais il crée aussi de nombreux produits et services dont nous pourrions très bien nous passer. Gunter Pauli relève que l'être humain est la seule forme de vie sur Terre à avoir créé un tel modèle de production et de consommation, qui consomme inutilement des ressources précieuses et génère des volumes massifs de déchets.
Face à cela, la réponse habituelle consiste à « inventer mieux », c'est à dire à perfectionner ce qui existe déjà. Les ingénieurs traditionnels, les responsables de chaînes d'approvisionnement et les concepteurs sont formés à reproduire ce qui est bien connu. L'expérience de l'auteur suggère au contraire que s'engager dans quelque chose d'inconnu constitue l'un des processus de pensée clés permettant d'innover, et que cela crée de la place pour les entrepreneurs.
Poser « la question du non »
L'approche de l'Économie Bleue consiste à examiner comment remplacer de nombreux artefacts de la vie moderne que nous considérons comme indispensables par des systèmes alternatifs qui répondent aux besoins et fournissent les services qui ont de la valeur. La clé, écrit Gunter Pauli, est la détermination à poser « la question du non » : que puis je accomplir en n'utilisant pas ce qui a traditionnellement été utilisé.
L'observation de la manière dont la Nature traite une grande variété de défis montre que les solutions y restent simples et la chimie bénigne. Cette intuition inspire la conception de nouvelles technologies et la mise en oeuvre de nouveaux modèles d'affaires qui dépassent le « business as usual ». Substituer « quelque chose par rien » permet de simplifier un procédé, d'éviter la consommation de matériaux et de ressources, de réduire la dépendance à l'énergie et d'éliminer des causes de détresse sociale et environnementale. Ce n'est pas un rejet de ce qui a été accompli, mais une question profonde à reposer à chaque fois, pour atteindre des perspectives neuves sur le possible au lieu de chercher seulement à réduire les dégâts.
Ce que ça donne concrètement
Pêcher sans filet. Les dauphins pêchent sans filet. Les filets, et en particulier les chaluts, vident l'océan de tous les poissons et endommagent l'écosystème en capturant de nombreuses formes de vie marine que nous ne mangeons pas ; cette technique détruit en outre le fond marin. Les dauphins, eux, pêchent en créant des bulles d'air dans l'océan qui font remonter les petits poissons vers la surface et laissent les gros poissons s'échapper pour se reproduire. Les humains pêchent depuis 6 000 ans, d'abord avec des lances, des hameçons, des cages et des filets à main, puis avec d'énormes filets, des radars, des drones et des dispositifs électroniques de détection, voire de la dynamite et des acides, ce qui a conduit à la surpêche et à l'effondrement de pêcheries dans le monde entier. Remplacer les filets par des bulles d'air permettrait de reconstituer les stocks épuisés en épargnant les femelles porteuses d'oeufs, plus lourdes et donc non entraînées par le flux ascendant des bulles. Le défi posé est de concevoir des bateaux de pêche capturant le poisson avec des bulles d'air.
Traiter l'eau dure sans produits chimiques. L'eau est habituellement traitée avec des produits chimiques pour éliminer le carbonate de calcium en suspension. Le passage de l'eau dans un vortex, le tourbillonnement naturel de l'eau décrit par Victor Schauberger, le forestier autrichien qui a observé l'écoulement de l'eau pendant des décennies, augmente la pression sur les particules flottantes, qui sédimentent rapidement dans un bassin de rétention. La physique du vortex remplace la chimie, en réduisant les coûts d'investissement et les dépenses opérationnelles tout en améliorant la performance.
Se passer de batterie. L'auteur cite également l'absence de batterie, obtenue en recourant au stockage d'eau et à des volants d'inertie, comme illustration du même raisonnement.
